Dans la nouvelle création de Serge Aimé Coulibaly, la scène devient un territoire traversé de vents, de voix et de pas, où le blues retrouve son berceau africain.
Agnès Izrine
Revenir à Kidal, c’est remonter un fleuve de mémoire jusqu’à sa source. Dans la nouvelle création de Serge Aimé Coulibaly, la scène devient un territoire traversé de vents, de voix et de pas, où le blues retrouve son berceau africain.
Dans cette création, la musique ne cherche pas à illustrer — elle porte. Elle transporte avec elle des fragments d’histoires humaines, des blessures ouvertes, des résistances obstinées. Le blues n’y est pas une référence : il est une matière vivante, profondément ancrée dans les territoires du Sahel. Cette matière est aujourd’hui portée par des artistes dont l’engagement et l’exigence façonnent une signature singulière.
Patrick Kabré développe depuis plusieurs années une recherche approfondie autour du blues sahélien. Sa voix, à la fois suave et habitée, s’inscrit dans une continuité musicale tout en affirmant une présence contemporaine forte. Son travail ne cite pas le blues : il le prolonge, le déplace, le réincarne. À ses côtés, la puissance vocale de Niaka Sako ouvre un espace d’intensité rare. Sa voix traverse les registres, entre ancrage et élévation, et porte une charge émotionnelle directe, presque physique. Elle ne se contente pas d’interpréter : elle engage.
Les compositions d’Yvan Talbot viennent structurer cet espace sonore avec précision et sensibilité. Son écriture musicale, développée au fil de nombreuses créations scéniques, tisse un lien organique entre les voix, les textures et les dynamiques du plateau.
Ensemble, ils forment un trio dont la complémentarité permet d’ouvrir un territoire musical à la fois exigeant et accessible, enraciné et en mouvement.
Au centre, les corps avancent comme on avance dans la nuit : avec détermination, avec fragilité, avec cette énergie brûlante qui caractérise l’écriture chorégraphique de Coulibaly. La danse cherche l’essence, l’endroit où l’humain se révèle sans masque, dans l’urgence d’être ensemble. Autour d’eux, le public n’est plus spectateur mais témoin embarqué, pris dans un dispositif immersif où la frontière entre scène et monde se dissout.
Les mots du dramaturge tchadien Koulsy Lamko, portés par la voix grave et lumineuse d’Odile Sankara, traversent l’espace comme une incantation tandis que la chanteuse Niaka Sacko, Yvan Talbot et Patrick Kabré tissent une matière sonore qui palpite, respire, se souvient entre traditions mandingues et pulsations contemporaines. Ils rappellent les blessures, les résistances, les renaissances et recomposent une mémoire collective marquée par la résistance, la dignité et la joie tenace des peuples qui ont traversé les tempêtes. Une aventure où passé et présent étreignent un même désir de liberté.
Agnès Izrine
Distribution / Production
Production : Faso Danse Théâtre
Concept et chorégraphie : Serge Aimé Coulibaly
Créé et interprété par : Jean-Robert Koudogbo-Kiki, Ida Faho, Djibril Ouattara, Arsène Étaba, Déborah Lotti, Charles Simon
Musique : Yvan Talbot (Doogoo D), Patrick Kabré
Texte et parole : Odile Sankara
Voix : Niaka Sacko
Assistanat chorégraphique : Sigué Sayouba
Assistanat artistique : Garance Maillot
Dramaturgie : Sara Vanderieck
Scénographie, costumes et vidéo : Ève Martin
Vidéaste : John Pirard
Régie lumière : Herman Coulibaly
Direction technique : Thomas Verachtert
Régie plateau : Dag Jennes
Direction de production : Arnout André de la Porte
Diffusion : Frans Brood Productions
Coproducteurs : Agora, Cité Internationale de la Danse | Montpellier Danse + CCN Occitanie (FR), DE SINGEL Antwerpen (BE), Charleroi Danse (BE), Ruhrtriennale (DE)
Autres coproducteurs en cours
Avec le soutien du Gouvernement flamand
Avec les remerciements à Leietheater Deinze (BE)
Durée : 1h15
En images
© Youssef Teneff